E-G8, rencontre du troisème type

Nicolas Sarkozy a avoué lors de l'e-G8 qu'Internet était « un monde qu’hier, il ne connaissait pas ». Mais il constate également que son équipe « passe plus de temps à savoir ce qui se dit sur Ie web, que ce qui se dit dans la presse » Dur aujourd'hui de nier l’évidence.

 

Voilà six semaines que le groupe Publicis est chargé d'organiser l'e-G8, pour l’Elysée, au prestigieux Jardin des Tuileries, à Paris.Twitter, eBay, Groupon, Microsoft, Google, Orange... Toutes ces sociétés sont présentes. A ce propos, Jérémie Zimmermann, membre de la Quadrature du Net (une organisation citoyenne qui défend les libertés fondamentales sur Internet) ne mâche pas ses mots : « Quand le Président dit à tous ces chefs d’entreprises, « vous êtes Internet, vous avez une responsabilité, nous allons discuter avec vous… », on a l’impression qu’il manque un peu quelque chose : que les citoyens et les utilisateurs soient représentés et aient leur mot à dire ! »

 

Jérémie Zimmermann, interviewé par La Chaîne Parlementaire

Jérémie Zimmermann interviewé par La Chaîne Parlementaire

 

Mardi matin, le président de la République ouvre le bal avec un discours, suivi de questions du public. Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporter Sans Frontière, prend la parole pour expliquer que lors des révolutions arabes, beaucoup de blogueurs ne s’étaient pas sentis soutenus par la France: « Aujourd’hui, des dizaines de blogueurs sont en prison en Syrie, au Bahreïn, en Libye, au Yémen… Que fait la France pour ces cyberdissidents ? » Après quelques mots sur la révolte iranienne de 2009, Nicolas Sarkozy répond : « Je vais vous dire franchement. La révolution tunisienne nous a surpris, quand elle est arrivée. Qui n’en a pas été surpris ? Je n’en tire pas prétexte pour m’exonérer. Mais nous en avons tiré les conclusions. (…). Internet est devenu désormais l’échelle de crédibilité d’une démocratie ou l’échelle de honte d’une dictature. »

 

 

Il est évident que la question de la protection des cyberdissidents était LA question à laquelle s’était forcément préparé Nicolas Sarkozy. En effet, la presse généraliste avait traité ce sujet peu de temps avant l'ouverture de l'e-G8 (« La diplomatie Internet : la volte-face de Nicolas Sarkozy » par Marianne, repris par le Figaro : « Sarkozy préfère « l’Internet civilisé » aux cyberdissidents » et par le blog Tic et Net du journaliste de l’Express Emmanuel Paquette : « Quand Nicolas Sarkozy ne voulait pas aider les cyberdissidents »).

 

Résumons l’affaire. Courant 2010, Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères comprend, lors des révoltes en Iran, l’importance d’Internet et notamment, des réseaux sociaux. La France s’associe avec les Pays-Bas en annonçant la création d’un groupe de pilotage et d’une conférence visant à créer un instrument international de défense des libertés d’expression sur Internet. Les cyberdissidents doivent bénéficier du même soutien que les autres victimes de la répression politique. Il faut défendre les blogueurs comme on défend les journalistes. Bernard Kouchner parle alors d’un « Internet universel et ouvert ». Mais en octobre, la Quadrature du Net révèle une lettre signée du Président, adressée à Bernard Kouchner et datée du 27 septembre : Nicolas Sarkozy exige que lors de la conférence soit abordés le concept d’un Internet civilisé, la défense des droits d’auteurs et la lutte contre la cybercriminalité : « Il serait important que la conférence que vous envisagiez (…) soit l’occasion de promouvoir les initiatives de régulation équilibré prises par la France au cours de ces trois dernières années, en particuliers, la loi HADOPI. » La conférence est annulée. Et le 13 novembre, Bernard Kouchner quitte le gouvernement. Selon Marianne, cette lettre aurait signé un point de non-retour dans les relations entre les deux hommes.

 

La question de Jean-François Julliard de RSF était donc lourde de sens. Est-ce que depuis les révolutions arabes, le Président français a changé de positionnement en ce qui concerne la défense de la liberté sur Internet et la défense des cyberdissidents ?
 

Concernant la règlementation française d'Internet, le débat sur les droit d'auteurs a montré de manière limpide, par la voix de Frédéric Miterrand, que la France ne reculerait pas, en matière de "régulation" d'Internet : "en France, il reste encore des gens qui n'ont pas désarmé et restent critiques à l'égard d'HADOPI. Or, cette insitution a des vertus pédagogiques, et les fonctions répressives ne se sont pas encore manifestés."

 

De gauche à droite : Antoine Gallimard, Jim Gianopulos (PDG de Century Fox), Frédéric Mitterrand, Pascal Nègre (PDG d'Universal)

 

Enfin, la première édition de l'e-G8 n'aurait pas reçu cette couverture médiatique sans la venue, en clôture, de Mark Zuberberg. Voici les cinq points essentiels à retenir :

 

 

- Mark Zuckerberg trouve que le film Social Network, retraçant sa vie « n’était pas autobiographique ».


- Il ne songe pas encore à coter Facebook en bourse.


- Facebook n’a été ni nécessaire, ni suffisant lors des révolutions arabes : « c’est la population qui a pris son destin en main. Si ça n’avait pas été Facebook, ça aurait été autre chose », a dit Mark.


- Les chefs d’Etats ont désormais leurs comptes Facebook et Twitter et peuvent ainsi dialoguer avec le peuple. « Mais ce n’est pas Facebook, c’est Internet qui permet tout ça. »


- L’idée que Facebook va être ouvert aux moins de 13 ans est fausse .Zuckerberg explique qu'il s'est exprimé lors d’une conférence sur l’éducation où on lui a posé la question suivante : « Pourquoi Facebook ne participe pas plus à l’éducation des enfants ? » Ce à quoi il a juste répondu : « Facebook fait beaucoup de choses aujourd’hui, mais n’a pas de fonctionnalités d’adhésion pour les enfants de moins de 13 ans. Et si c’était le cas, il faudrait prévoir des mesures de sécurité pour s’y adapter ».

 

Margaux Duquesne
 

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3 Comments
Le ptit Nicolas il voudrait bien pouvoir contrôler internet, mais celà voudrait dire que notre démocratie n'en est plus une; alors comment faire ?
Oui, j'ai entendu un journaliste souligner ce lapsus, après coup. Un journaliste politique ayant fait plusieurs portraits du chef de l'Etat disait aussi n'avoir jamais vu le Président devant un ordinateur....http://www.lepost.fr/article/2009/03/11/1452952_je-n-ai-jamais-vu-nicolas-sarkozy-devant-un-ecran-d-ordinateur.html !
As tu noté le superbe lapsus qui a été fait pendant cette conférence en voulant parler des "internautes", on a entendu les "internAUTRES". Révélateur ?

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